Burkina Faso: lettre ouverte au Ministre de la Défense du Faso, Monsieur Chérif SY

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Dans cette lettre ouverte, Yahiya H. DICKO dit Maréchal Dicko le Sahélien, parle  à Shérif SY, Ministre de la Défense Nationale du Burkina Faso, suite à sa déclaration dans le cadre d’une sortie de terrain. Lisez plutôt !

Monsieur le Ministre, le jeune citoyen burkinabè que je suis salue vos efforts au service de notre nation depuis qu’il a plu au président du Faso de placer sa confiance en vous pour diriger, proposer, planifier et mettre en œuvre la défense de notre patrie le Burkina Faso face à toutes les menaces et actions malveillantes visant notre territoire et notre peuple. Je reconnais ici que vous avez multiplié les stratégies et les actions défensives surtout et parfois offensives qui ont été engagées sous votre direction MAIS monsieur le ministre permettez-moi de m’exprimer sur des propos que vous avez tenu récemment, propos que vous avez probablement tenu sous le coup de l’émotion et de la chaleur sur le terrain.

Monsieur le ministre, vous avez dit, je cite « ça fait très mal d’entendre des gens qui se moussent devant leur bière dire que les militaires ne font rien. A cela, nous avons toujours dit que quiconque est prêt à s’engager, nous sommes prêts à le former et à l’envoyer ici (ndlr au front), parce que c’est trop facile de mépriser l’engagement patriotique des militaires. », fin de citation. Monsieur le ministre qu’il me soit permis de relever ici quelques contre-vérités contenues dans vos propos de mon point de vue bien sûr.

Qui sont ceux qui critiquent la défense nationale ?

Pour vous, ce sont « des gens qui se moussent devant leur bière… » qui vous critiquent. Eh ben vous avez tort monsieur SY. L’alcool n’est plus seulement qu’un totem pour les musulmans, il aussi est un luxe que beaucoup de burkinabè qui vous critiquent n’ont plus les moyens de s’offrir. Oui monsieur le ministre, si dans vos cercles l’hésitation porte sur la qualité de la bière à consommer, pour bon nombre de burkinabè, c’est l’accès à l’eau potable le véritable souci.

Ceux qui vous critiquent monsieur le ministre ce sont le millions de personnes déplacées internes, ce sont les centaines de milliers de familles d’accueil, ce sont les millions des civiles qui dorment en priant se réveiller en vie dans nos campagnes, ce sont les milliers de burkinabè qui ne peuvent plus aller au village voir leurs parents, ce sont les nombreux commerçants qui n’ont plus de marché sur des milliers de kilomètres, ce sont des hommes, des femmes et des enfants qui ont perdu, une épouse, un mari, un père, des voisins, des amis et des collègues dans cette crise. Monsieur le ministre, ce ne sont pas des soulards qui vous critiquent, c’est le peuple burkinabè qui en a marre !

Qui le peuple burkinabè critique-t-il ?

A ce niveau monsieur le ministre vous dites « ça fait très mal d’entendre (…) dire que les militaires ne font rien. ». Une fois de plus vous vous trompez lourdement, à moins que votre intention ne soit de détourner l’attention de l’opinion du véritable problème. Je vous présume de bonne foi, alors je préfère simplement penser que vous avez fait une erreur d’appréciation. Permettez-moi donc de mieux vous situer sur ce fait. Qui ne fait rien ? À cette question la réponse pointe surtout du doigt votre responsabilité, vous en tant que ministre de la défense. Non, ce ne sont pas nos militaires qui ne font rien, c’est sa hiérarchie qui n’a pas de résultat concret, nous vous critiquons pour absence (même pas insuffisance) de résultat.

Vous avez demandé l’instauration d’un Etat d’urgence pour renforcer votre autorité, ça a été fait et des millions de nos concitoyens vivent sous couvre-feu depuis des années pour que vous fassiez votre travail. Ce couvre-feu tue l’économie dans plusieurs parties du pays, empêche des pères de famille de travailler. C’est un sacrifice qui dure depuis longtemps, un fardeau difficile à supporter mais que nos populations acceptent malgré elles. A quoi cela a-t-il servi jusque-là ? Quelle a été l’utilité et le résultat ?

Vous avez demandé des équipements et des moyens financiers, l’assemblée nationale a adopté une loi sur la programmation militaire avec des centaines de milliards pour vous permettre d’avoir des équipements et d’enrayer la menace terroriste. Pour vous vous satisfaire, tous les autres départements ministériels ont consenti la diminution de leur budget, vous êtes le ministère le plus dépensier actuellement. Mais quel est le résultat ? Cela a servi à quoi ? On entend toujours dire que des soldats ont parfois manqué de munitions face à l’ennemi.

Vous avez demandé l’instauration des Volontaires pour la Défense de la Patrie pour assister les FDS sur le terrain, l’Assemblée Nationale vous y a autorisé avec une loi. Depuis leur instauration, ils sont en première ligne et se font tuer comme des canards. Faible formation, manque d’équipement, mauvais encadrement. Cela a servi à quoi finalement ? Malgré tout ce que le pays a consenti comme efforts pour votre département, à défaut de retrouver la paix, le minimum de résultat aurait été la réduction de l’avancée terroriste. Mais à contrario, c’est l’ennemi qui avance chaque jour et à ce rythme ils seront bientôt à Ouagadougou. Dans le Nord, les populations locales sont obligées de pactiser avec l’ennemi pour survivre, des élus locaux avouent à visage découvert avoir négocié avec l’ennemi parce que vous vous êtes montré faible, inefficace voire inutile.

Vous l’aurez compris monsieur le ministre, ce ne sont pas nos soldats, ces exécutants que nous critiquons, ni votre personne mais vos résultats en tant qu’institution de notre république.

Par ailleurs vous dites que vous êtes prêts à former quiconque et à l’envoyer au front, dois-je vous rappeler monsieur le ministre que vous avez déjà formé n’importe qui et que vous l’avez même déjà envoyé au front et c’est même le résultat de ça qui est là. Il faut donc arrêter justement d’envoyer n’importe qui au front et commencer à envoyer les personnes qu’il faut et si vous avez du mal à savoir faire cela, ça peut se comprendre mais dans ce cas ayez la dignité de remettre votre démission au président du Faso, cela ne fera que vous honorer.

En attendant que Mansila soit accessible, recevez mes salutations distinguées Monsieur le Ministre !

Maréchal Dicko le Sahélien

 

 

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