Covid 19 : GKA-F à l’ambassadeur de France : « Nous n’en pouvons plus des propos aux relents racistes »

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Dans cette tribune, le coordinateur du mouvement citoyen Génération Kanazoé Adama pour le Faso (GKA-F), Amadou Sawadogo, s’insurge contre la posture des médecins qui appelaient à tester les vaccins contre le Covid 19 en Afrique. S’adressant aux autorités françaises par l’intermédiaire de l’ambassadeur de France au Burkina, il les appelle à se démarquer de ces hommes en robe.

Excellence monsieur l’ambassadeur de la République sœur de France au Burkina Faso,
Ne vous soupçonnant aucune hostilité à l’idée de la souveraineté divine et d’une communauté de destin, je m’introduis avec la citation d’une voix qui compte en Occident, celle du pape Pie XII : « Où l’opinion publique se tait, où la juste liberté est bannie ».
Je présume que le Pape, vous et moi, reconnaissons dans l’opinion publique un écho naturel, une résonnance commune des faits et les jugements des personnes qui se sentent responsables du sort de leur communauté.

Aussi, je note avec intérêt que votre pays, par excellence le berceau des droits de l’homme, est attaché à la liberté de ton et d’expression. Le mien aussi, ces derniers temps, depuis l’insurrection populaire d’octobre 2014, consécutive à la révolution démocratique et populaire d’août 1983.
Comme vous le constatez, chez nous dans le pays qui vous accueille depuis quelques temps, la parole est libérée et même célébrée, au point où parfois on ne s’embarrasse plus des protocoles et des codes pour nous adresser à des autorités. Je ne le justifie pas, mais vous avez pu le mesurer par vous-même. Il n’y a pas si longtemps, je vous ai vu, assis sur le plateau d’une émission télé ; en face de vous, deux acteurs redoutables de la société civile, lors d’un débat tout en tenue et en retenue.
Pour ma part, je voudrais par avance m’excuser pour ce que vous viendrez à retenir comme des propos discourtois et désobligeants.

Excellence monsieur l’Ambassadeur,

A la date du 1er avril dernier, sur le plateau de la chaîne de télévision LCI, deux éminents chercheurs français de la trempe des professeurs Locht et Mira ont tenu des propos ahurissants, rivalisant avec le comble de la bêtise et du pyrrhonisme.
Les deux hommes trompetaient alors que l’Afrique, sans système de traitement, sans masques, ni appareils de réanimation, devrait servir de champ d’expérimentation pour les vaccins contre le Covid 19. Ils se sont surpris à éventer un secret, arguant que des démarches sont entreprises, en vue d’utiliser les Africains comme des cobayes, à l’image, disent-ils, des expériences menées avec les prostituées très peu soucieuses de leur protection.

Je n’en croyais pas mes yeux, encore moins mes oreilles. Il me fallut rapidement passer la main sur mon visage pour froncer mes sourcils, avant de me rendre compte que je ne rêvais pas.

Excellence monsieur l’Ambassadeur,

Comment peuvent-ils en ce 21e siècle tenir de tels propos ?
Seraient-ce des trublions solitaires que la condescendance dispute à l’aveuglement qui pensent à tort que l’Afrique végète encore dans la pénombre de l’histoire où l’on peut encore se permettre des choses horribles et innommables ? Ou auraient-ils été mandatés par les autorités françaises pour jeter un ballon d’essai?
Comment se fait-il qu’après le rétropédalage des intéressés, confondus en excuses, l’élite politique française ne fasse rien pour rassurer la communauté africaine et mondiale ?

Je me pose autant de questions, d’autant plus qu’à cette heure d’une extrême gravité, les autorités françaises tablent considérablement sur les postulats des scientifiques, pour orienter leurs choix politiques. Et dire que si ce projet devait se matérialiser, c’est tout naturellement vers ses ex-colonies que la France se dirigerait.

Excellence monsieur l’Ambassadeur,

Il vous souviendra que nous venons de loin, avec vous ; nous avons vaincu ensemble la peur, la faim, la guerre et la maladie.
Nous croyions que vous étiez des dieux : des immortels qui ne connaissaient ni la peur ni les pleurs. Les première et deuxième guerres mondiales ont ouvert nos yeux, nous apprenant que vous étiez tout simplement comme nous, des mortels, du genre humain.

A un moment tragique de l’histoire, certains d’entre vous, inspirés par l’antéchrist, ont pensé et commandé aussi l’extermination de la race noire. Nous avons survécu. D’autres encore, sous des dehors de gentilshommes, permettez-moi de verser dans l’exagération, ont caressé ce rêve, en nous utilisant comme des cobayes dans le cadre des tests contre la malaria, la poliomyélite, le Sida, l’Ebola. Nous avons encore survécu.
Il vous souviendra surtout que l’histoire de mon pays est intimement liée à celle du votre. Depuis la colonisation, chacune de ces grandes étapes a été dictée, si elle n’a pas été favorisée par le vôtre. C’est comme cela que nous avons abordé, à notre corps défendant, la bourrasque économique internationale de 1929, le choc pétrolier de 1973 et la crise des subprimes de 2008.

Excellence monsieur l’Ambassadeur,
J’ai la faiblesse de croire que ces temps-là sont loin, derrière nous. Peut-être par naïveté. En tous cas, j’ai cru et continue de croire en votre jeune président, Emmanuel Macron qui, chaque fois que de besoin, déclame que son pays a changé de paradigmes, non sans manquer de nous appeler à la responsabilité.

Je voudrais ici saisir la balle au bond pour vous charger en , en qualité de son représentant sur la terre chargée d’histoire du Burkina Faso, de bien vouloir lui transmettre l’essence et la quintessence de la présente.

Nous n’en pouvons plus des propos aux relents racistes, empreints de prépotence qui altèrent notre confiance et notre foi en une communauté de destin universel. Nous n’entendons pas servir inutilement de moutons de sacrifice.
D’ailleurs, un des nôtres, Christian Nzuzi Lubaki, écrivain congolais dit : « Où la méfiance avance, la confiance recule ».

Pour éviter de donner libre cours aux supputations en tous genres, le président Macron ferait bien de rompre le silence interrogateur. Il gagnerait même à se démarquer, dans un discours historique, en rappelant si besoin la philosophie de la nouvelle politique française, son devoir de solidarité internationale, son rôle historique dans la construction d’ une communauté universelle.
Il pourrait aussi, fort de la séparation des pouvoirs, inviter les institutions de la République, à se saisir de ce dossier pour éventuellement en faire un cas d’école.
Je pense au procureur de la République et au Conseil supérieur de l’audiovisuel qui, s’ils étaient réellement scrupuleux des droits les plus élémentaires de l’homme et de la dignité humaine, s’en seraient auto saisis, depuis la levée de bouclier.

Je souhaite surtout que l’autorité publique indépendante de régulation de la presse audiovisuelle applique la réglementation en vigueur en terre française. Elle pourrait, pourquoi pas, frapper l’organe de presse incriminé d’une mise en demeure, assortie de l’insertion d’un communiqué de contrition.
Plus encore, elle devrait attirer l’attention de tous les médias français, dont je voudrais taire ici les noms, habitués à faire des arrangements avec les règles d’éthique et de déontologie quant il s’agit de l’Afrique et des Africains.

Je voudrais, Excellence monsieur l’Ambassadeur, m’arrêter là, en partageant avec vous un principe de vie si cher à l’Afrique que je prête encore à l’écrivain congolais Christian Lubaki : « On ne construit pas soi-même lorsqu’on s’attèle à détruire les autres ».

Amadou SAWADOGO,
Coordonnateur du mouvement citoyen Génération KANAZOE Adama pour le Faso (GKA-F)

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