Crimes de Tanwalbougou : le témoignage glaçant des survivants

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Tanwalbougou est au cœur de l’actualité nationale et internationale, depuis la découverte de douze corps sans vie. Ce 16 mai, une équipe du site d’information, Ecoburkina.info, s’est rendue dans le village de Tanwalbougou  et environnants. Elle  a rencontré les parents des victimes dont l’âge varie de 20 à 70 ans.

 

 Le regard vidé, le visage déconfit, l’air hébété, des parents de victimes livrent leurs témoignages. 

 

 

 

Survivant N+ 1

 

« Mon petit frère, son fils, l’enfant de  mon voisin et mon propre fils ont été arrêtés au marché de Pentcangou. Mon arrivée au marché a coïncidé avec celles des forces de défense. J’étais sur les lieux, mais je ne peux dire le nombre exact de soldats ; je n’ai pas eu le temps de compter. Quand j’ai appris que c’était les forces de défense et les kolweogo, je suis parti aussitôt. Ils se sont mis à arrêter les gens.

Par la suite, on a appris qu’on les a mis dans des véhicules  4+4 pour  les envoyer à la gendarmerie de Tanwalbougou. On a essayé de comprendre ;  on est venu voir le chef qui a constitué une délégation composée de Peul, Moosé, de Gourmantché, de Zoacé et autres. A l’approche de la gendarmerie de Tanwalbougou, les Gourmantchés ont désisté de peur.

En route, un gendarme m’a interpellé. Je lui ai expliqué que j’avais perdu des parents. Il  a pris des notes, puis il m’a dit qu’il va m’appeler, s’il y a  quelques choses. Plus tard, on a appris que des corps ont été retrouvés à Fada N’gourma. Je vis dans ce village depuis 36 ans. Je connais tout le monde ici. Tout le monde me connait. Je n’ai jamais eu d’histoire avec quelqu’un ; tout comme mon frère ».

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Survivant N°2

 

 

« J’ai perdu mon fils et mon petit frère, âgés respectivement de 20 et 50 ans. J’étais au marché,  ce jour-là, quand vers 13 h, les forces de défense sont arrivées. J’étais assis devant la cour d’un ami gourmantché  qui a aussitôt ouvert sa maison pour me cacher.  Moi, j’ai eu de la chance, car au même moment, un autre frère qui est rentré dans une maison voisine a été aperçu par un élément des FDS qui l’a fait sortir.  Quand les soldats ont fini de rassemble les Peuls, ils sont partis. Quand je suis sorti, je me suis renseigné. On m’a appris qu’ils ont pris la direction de l’est. Moi,  je suis allé vers l’ouest. Je suis revenu au marché vers 16 h.  J’ai pris mon vélo et remorqué même un malade que j’ai envoyé chez le chef pour recevoir des soins.

 Je n’ai pas vu de corps. C’est seulement le lendemain que j’ai été désigné comme membre de la délégation constituée par le chef pour aller à la gendarmerie de Tanwalbougou. Je n’ai pas vu de corps ».

 

 

Survivant N°3

 

« J’ai perdu deux grands frères. Le premier a 50 ans et le deuxième, 39 ans.  Le 11, j’étais à la maison toute proche du marché, avec eux. Nous construisions une maison.  Vers 11h, ils ont décidé d’aller au marché.  C’est là-bas qu’on les a enlevés vers 14 h.  Entre-temps, j’ai vu des filles venir en criant. Sans réfléchir, je me suis mis à courir. Je suis tombé sur trois soldats  qui se sont mis à me poursuivre.

Je me suis caché dans un grenier ; ils m’ont cherché en vain. De ma cachette, j’ai vu les militaires bastonner un frère, celui qui s’était caché dans  la maison d’un gourmantché. Ils l’ont trimbalé  pour rejoindre le grand groupe.

Depuis ce jour, je vis en brousse. C’est aujourd’hui seulement que je suis sorti de ma cachette pour répondre à un appel indiquant que des gens viennent. Je peux dire que mes frères ont suivi l’enterrement. Ils disent que les corps étaient méconnaissables, car les têtes étaient écrasées. Je ne sais pas ce que mes frères ont fait pour mériter ce sort ».

Crimes de Tanwalbougou : le témoignage glaçant des survivants

 

 

 

Christian N. BADO

Ecoburkina.info

 

 

 

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