Insécurité à Tanwalbougou : « On a autant peur des terroristes  que des forces de défense et de sécurité

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Le village de Tanwalbougou, une localité située à une quarantaine de kilomètres de Fada N’gourma, fait parler de lui ces derniers jours, avec la mort de douze personnes accusés d’activités terroristes dans des conditions suspectes.

 

Une tournée au marché de Pentcangou, et les hameaux de Diourné, et Bomanan, ce 16 mai 2020, a permis de rencontrer les parents des victimes pris entre deux feux.

 

 

Les habitants s’accordent à dire que c’est le summum de l’horreur et par ricochet du mécontentement général. Ils nous apprennent que la mort les  a pris  en filature, depuis cinq mois.  Ils ne peuvent plus aller au marché, ni même s’aventurer au  chef-lieu de la région, Fada N’gourma.

Sous le couvert de l’anonymat, les uns après les autres, ils annoncent qu’ils sont traqués et poursuivis comme des lièvres. Certains sont surpris dans leurs cours ou enlevés  au CSPS, d’autres sommés de descendre des bus de transport, d’autres encore attrapés au marché « pour être abattus », notent-ils.

 

Ils nous ont conduits non loin du CSPS situé à quelques encablures de l’école franco arabe de Amado Bandé pour montrer six corps gisants par terre. Outre cela, ils déclarent qu’il en existe plusieurs autres sites composé de six à 8 corps.

« Un jour, le chien de mon voisin est revenu de la brousse attenante à notre cour avec les restes de la main d’un corps dans la gueule. Nous l’avons suivi et il nous a conduit sur huit corps gisant à ciel ouvert à portée des charognards », révèle un vieil  homme, la gorge enrouée.

A en croire les infortunés, dans la nuit du mercredi au jeudi 14  mai dernier, la gendarmerie a  déployé des éléments, accompagnés par des volontaires pour la défense de la patrie, aux abords des campements peuls. Toute la nuit, apprend-on, ils ont fait des tirs de sommation. Comme si ça ne suffisait pas, ajoute-t-on, des terroristes aussi se sont approchés. Ces derniers ont tué deux jeunes et emporté deux cents bœufs.

 

Ils relèvent aussi que Salamatou Sondé,  une mère allaitante, a eu peu plus de chance. Au mois d’avril dernier, elle a été arrêtée au marché de Pentcangou, alors qu’elle y était pour faire  des achats. Depuis, elle est enferrée à la  gendarmerie de Fada N’gourma.

 

 

Ils clament : « On a autant peur des terroristes des forces de défense et de sécurité ».

Que font ces habitants pour changer le cours des évènements ? Ils répondent qu’ils ont tenté vainement d’intercéder auprès du commandant de brigade de Tanwalbougou qui, se murant dans un silence, ne fait rien pour les protéger.

 

Ils avancent l’exemple de la dernière mission, en date du 12 mai, au lendemain des tristes évènements, pour le rencontrer. Une mission de douze personnes, représentative des six groupes ethniques dominant dans la localité a été constituée. A hauteur de la gendarmerie,  les deux représentants des Gourmantché ont pris peur et se sont éclipsés. Les autres sont allés rencontrer quand-même les autorités locales de la gendarmerie. C’est comme cela qu’ils ont déchanté dans  la nuit du 14 mai dernier.

 

A les en croire, le Cheick Amado Bandé mainte fois appelé le commandant de bridage à travailler à l’inclusion, au rassemblement et à l’union des filles et fils de la localité, en vain.

 

 

Christian N. Bado

Eciburkina.info

 

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